Manel Pujol Baladas : peintures, collages et œuvres des années 1990
Joel MejiasPartager
Un visage qui émerge entre coups de pinceau et fleurs, un violon intégrant des fragments de partition, un paysage construit par couches de papier et de peinture. L’œuvre de Manel Pujol Baladas (Vic, 1947) invite à regarder de près : ses tableaux se comprennent autant par ce qu’ils représentent que par les matériaux employés et la manière dont il organise la couleur.
À El Taller del Coleccionista, nous conservons une sélection de peintures et de techniques mixtes réalisées au début des années quatre-vingt-dix. À travers cinq de ces œuvres, cet article explore les rapports de l’artiste avec la peinture matiériste, le collage et la musique, en tenant compte de son parcours et des principaux événements documentés de cette période.
Manel Pujol Baladas : formation et parcours
Manel Pujol Baladas est né à Vic en 1947. Il a étudié le graphisme et la peinture à l’Escola Massana de Barcelone, où il a également enseigné comme professeur auxiliaire. Il a ensuite travaillé dans la direction artistique et l’édition. Cette connaissance de la composition graphique aide à comprendre l’ordre qui sous-tend nombre de ses tableaux, même lorsque la touche paraît spontanée.
La biographie publiée par le peintre mentionne des rencontres personnelles avec Picasso, Dalí et Miró, figures majeures de l’art du XXe siècle. Cette proximité appartient à son récit biographique et ne doit pas être confondue avec une formation académique auprès d’eux. Ses compositions présentent des affinités avec la liberté du signe chez Miró et la tradition matiériste catalane, mais son langage se reconnaît surtout à la coexistence du collage, de la figuration et de la couleur.
Son parcours comprend des expositions et des collaborations hors d’Espagne, notamment à partir des années quatre-vingt. Après une période liée au circuit artistique européen, il a développé une grande partie de sa carrière ultérieure au Mexique, où il a poursuivi l’exploration des liens entre peinture, littérature et musique.
Figuration et abstraction : le travail de la matière
Dans les tableaux de Pujol Baladas, les objets reconnaissables disparaissent rarement tout à fait. Un corps, un instrument ou un animal servent de point de départ, mais leurs contours se transforment par des superpositions de couleur, des grattages, des traits noirs et des matériaux collés sur le support. Le résultat se situe entre figuration expressive et abstraction.
Le collage tient une place essentielle. Les journaux et les partitions ne sont pas seulement décoratifs : ils font partie de la surface et en modifient la texture. Certains fragments restent lisibles, tandis que d’autres disparaissent sous le pigment. Le mot, l’image et la matière partagent ainsi le même espace.
La musique occupe également une place centrale dans son travail. Dans des entretiens, l’artiste a expliqué qu’il ne cherchait pas à peindre littéralement une composition musicale, mais à transposer en peinture ce que cette musique lui faisait ressentir. Le rapport entre son et couleur peut être qualifié de synesthésique, sans pour autant faire de ce terme une étiquette rigide pour l’ensemble de sa production.
Les œuvres de 1990 à 1993 illustrent bien cette recherche : de grandes plages chaudes et froides, des lignes noires qui structurent la composition et une liberté gestuelle qui n’efface jamais complètement la figure. Ce sont des peintures très physiques, qui demandent de prêter attention à l’image d’ensemble autant qu’aux détails.
Le contexte de 1990 à 1995 : Art Miami et Sala Gaspar
La première moitié des années quatre-vingt-dix est importante pour étudier cette production, car elle coïncide avec plusieurs événements documentés du parcours de l’artiste. Les peintures conservées présentent un langage déjà affirmé et correspondent à une activité d’exposition significative, en Espagne comme à l’étranger.
- 1992 : réalisation de la Suite Olímpica « Homenaje a las Subsedes Olímpicas Barcelona 92 », mentionnée dans le curriculum du peintre.
- 1994 : participation à Art Miami avec Corinne Timsit International Galleries, selon le parcours publié par l’artiste lui-même.
- 1995 : exposition Pinturas y Collages à la Sala Gaspar de Barcelone, documentée dans les archives de la galerie du 19 janvier au 11 mars. Le curriculum du peintre mentionne également le Premio Sant Jordi de las Artes durant cette période.
- Fin des années quatre-vingt-dix : poursuite de son activité internationale et développement d’une nouvelle étape artistique au Mexique.
Ces repères permettent de contextualiser ses œuvres, mais une distinction reste essentielle : la participation du peintre à une foire ne signifie pas, à elle seule, que toutes les pièces d’une collection y ont été exposées. Pour l’établir, il faut examiner les documents propres à chaque tableau.
Cinq œuvres de Manel Pujol Baladas : portraits, paysages et collages
Les cinq peintures reproduites ci-dessous sont cataloguées à El Taller del Coleccionista. Chaque photographie renvoie à une fiche individuelle précisant le support, les dimensions, l’état et la documentation disponible. Le parcours commence par un portrait, puis aborde le corps, la musique, le paysage et la représentation animale : cinq sujets qui permettent de comparer le traitement de la surface picturale.
Retrato de mujer « Siempre tan lejos » (1993)

Cette œuvre de 1993 représente une femme de face, entourée de tiges, de feuilles et de fleurs. Le visage garde une expression sereine et reconnaissable, tandis que le reste de la composition se fragmente en lignes, coups de pinceau et zones de collage. La présence humaine offre un centre stable face au mouvement de la surface environnante.
La peinture alterne ocres, blancs, noirs et nuances rosées avec des détails végétaux qui allègent la composition. Les traits du visage sont travaillés avec davantage de retenue ; le corps et le fond, en revanche, se mêlent progressivement. La tension entre ces deux manières de peindre donne au portrait une intensité qui ne nécessite pas de grands gestes expressifs.
Selon la fiche de l’œuvre, le revers conserve l’inscription « Siempre tan lejos », accompagnée de la signature et de la date 93. La phrase apporte une suggestion poétique au portrait, sans permettre à elle seule de reconstituer l’intention exacte du peintre. Il s’agit d’une technique mixte et d’un collage sur toile de 116 × 89 cm.
Cette œuvre illustre l’équilibre que Pujol Baladas obtient entre figure reconnaissable et liberté de la matière. C’est aussi l’une des compositions les plus singulières de la collection sur le plan visuel.
Torso desnudo (1993) : peinture, texte et musique

Dans Torso desnudo, de 1993, un corps féminin organise verticalement une composition de 116 × 89 cm. L’anatomie reste reconnaissable, mais se trouve partiellement absorbée par les pigments blancs, les terres, les gris et les traits noirs. Plus qu’un nu académique, c’est une recherche sur la construction et la dissolution d’une figure à travers différentes couches.
Des pages imprimées et une partition musicale apparaissent à la surface. Parmi les fragments littéraires se distingue le nom de Méphistophélès, lié à l’univers de Faust. Ces matériaux relient le corps, l’écrit et le son sans devoir les représenter littéralement.
Le collage apporte également du volume et de la texture : certains papiers restent visibles, tandis que d’autres sont recouverts de peinture. L’œuvre conserve ainsi les traces de sa propre élaboration, un aspect essentiel du langage matiériste de l’artiste.
Violín (1990) : la musique dans le tableau

Dans Violín, une technique mixte sur papier artisanal de 56 × 76 cm, la silhouette de l’instrument occupe presque toute la composition. Ses courbes s’élargissent et se transforment sous les ocres, les blancs et les lignes noires : la forme reconnaissable du violon devient aussi une structure abstraite.
Les véritables fragments de partition collés sur le support établissent un lien direct entre le sujet représenté et les matériaux employés. Les notes imprimées introduisent un rythme régulier qui contraste avec la gestualité de la peinture. Cette coexistence explique mieux son rapport à la musique qu’une description fondée uniquement sur des états d’âme.
Datée de 1990, cette pièce montre comment Pujol Baladas utilise un thème précis pour expérimenter la ligne, les textures et l’espace. La musique cesse d’être une référence extérieure : elle participe physiquement à l’œuvre.
Paisaje matérico (1992) : nature et abstraction

Dans ce paysage de 1992, de 130 × 97 cm, on distingue encore des arbres, de la végétation et des zones évoquant un ciel ouvert, bien que les formes subissent une transformation intense. Pujol Baladas construit la profondeur par des superpositions de touches, de fragments imprimés et de champs de couleur.
La moitié supérieure présente des espaces plus clairs, avec des bleus et des blancs ; les zones inférieures concentrent les verts, les terres, les jaunes et une plus grande densité de collage. La peinture ne reproduit pas un lieu précis. Elle propose plutôt une expérience visuelle de la nature fondée sur la matière et le mouvement.
Cette œuvre aide à comprendre le dialogue entre figuration et abstraction : nous pouvons reconnaître un paysage sans que cette reconnaissance épuise tout ce qui se joue à la surface.
Zorro rojo y botella (1993) : une scène figurative singulière

Un animal d’un rouge intense occupe le centre de Zorro rojo y botella, œuvre de 1993 de 116 × 89 cm. À ses côtés apparaissent une bouteille, un verre et d’autres objets rappelant la tradition de la nature morte. La scène conserve une dimension narrative, tout en reprenant le vocabulaire de pigments, de traits énergiques et de collage des autres œuvres.
Le rouge domine la composition et contraste avec les gris et les blancs environnants. Les contours noirs rendent l’animal reconnaissable, mais d’autres coups de pinceau interrompent sa silhouette et l’intègrent à la surface. L’intérêt ne tient pas seulement à l’anecdote représentée, mais à la rencontre du quotidien et d’un traitement pictural très libre.
Le livre et les objets qui accompagnent le renard introduisent une petite scène narrative ; l’animal conserve cependant le premier rôle chromatique et organise le reste de la composition.
Ce qui unit ces cinq œuvres
Réunies, elles révèlent trois constantes de la peinture de Pujol Baladas au début des années quatre-vingt-dix. La première est l’importance du collage : partitions, feuilles imprimées et fragments de papier participent à la structure physique du tableau. La deuxième est la tension entre figure et abstraction. Visages, corps, instruments et animaux restent présents, sans jamais s’imposer complètement à la touche.
La troisième est la fonction de la ligne noire. Tantôt elle délimite les objets, tantôt elle traverse les champs de couleur et les matériaux superposés pour relier les différentes parties de la composition. Ce procédé apporte une unité à des œuvres qui, sans lui, pourraient sembler fragmentaires.
L’ensemble présente un artiste qui ne renonce pas aux choses reconnaissables, mais ne se contente pas non plus de les décrire. Il en fait le point de départ d’un langage centré sur la couleur, le rythme et la matière.
Comment évaluer une œuvre de Manel Pujol Baladas
Pour étudier ou acquérir une pièce de l’artiste, mieux vaut considérer sa qualité propre qu’une date isolée ou un lien éventuel avec une foire. Dans les techniques mixtes, il est particulièrement important de distinguer les reliefs et les papiers appartenant à la création des pertes ou altérations ultérieures.
- Attribution et provenance : examiner la signature, le revers, les certificats et la documentation de la pièce concernée. Le parcours général de l’artiste ne remplace pas les éléments propres à l’œuvre.
- Conservation : vérifier la stabilité des empâtements, des papiers et des adhésifs, ainsi que la description claire des interventions éventuelles.
- Composition et technique : évaluer le rôle des lignes, de la couleur, des matériaux, du format et de la singularité du motif.
- Prix : distinguer résultats réels d’enchères, estimations et prix demandés en galerie. Toutes les œuvres d’un même artiste ne suscitent pas la même demande.
L’intérêt artistique de ces peintures doit être distingué de toute prévision de rentabilité. Une évaluation fondée exige d’observer la pièce, d’étudier sa documentation et de comparer des œuvres équivalentes sur le marché, en tenant compte de leur état de conservation.
Une collection à regarder attentivement
Le portrait féminin, le nu, le violon, le paysage et la scène du renard montrent différentes facettes d’un même langage pictural. Dans chacune, la figure se confronte à la matière sans disparaître complètement. C’est là que réside une grande part de leur intérêt : ces images invitent à revenir les regarder pour découvrir comment elles sont faites.
Les cinq pièces étudiées sont présentées dans notre collection de Manel Pujol Baladas, qui rassemble photographies et fiches individuelles. Vous pouvez également parcourir l’exposition virtuelle consacrée à ces œuvres.
Sources de référence : la biographie de l’artiste ; la chronologie des expositions publiée par Manel Pujol Baladas ; les archives historiques de Sala Gaspar ; et les fiches documentaires des œuvres d’El Taller del Coleccionista. Les expositions de l’artiste apportent un contexte historique, mais ne prouvent pas à elles seules la présence d’une œuvre particulière.