El taller del coleccionista
Manel Pujol Baladas — Œuf au plat (1990) — Art Miami — Grande nature morte matiériste certifiée
Manel Pujol Baladas — Œuf au plat (1990) — Art Miami — Grande nature morte matiériste certifiée
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Réalisée en 1990, Huevo frito (Œuf au plat) est une œuvre de grand format de Manel Pujol Baladas, appartenant à l’ensemble lié à Art Miami et représentative de l'un des moments de plus grande intensité matérielle de sa production du début des années quatre-vingt-dix.
Sur une toile de 116 × 89 cm, l’artiste construit une nature morte dominée par une grande assiette circulaire disposée presque frontalement. En son centre apparaît le motif qui donne son titre à l'œuvre : un œuf au plat, réduit à une puissante structure de noirs, de blancs et de jaunes.
Autour se distribuent un verre, un morceau de fruit vert, différents récipients et de nombreux fragments de papier imprimé incorporés par collage. Le résultat se situe à mi-chemin entre la nature morte traditionnelle et une composition pratiquement abstraite, où les objets servent de point de départ pour organiser la matière, la couleur et le geste.
L'assiette comme centre de la composition
L’énorme assiette constitue l’authentique architecture visuelle de l’œuvre.
Pujol Baladas l'élargit jusqu'à occuper une bonne partie de la toile et la représente par une succession de cercles concentriques construits avec des coups de pinceau blancs, gris et noirs.
La perspective est délibérément altérée. Plutôt que de reposer sur une table, l’assiette semble s’élever vers le spectateur et occuper directement le plan pictural.
Cette frontalité confère à la composition une extraordinaire force graphique et transforme un objet domestique ordinaire en une grande forme presque abstraite.
Au centre, l’œuf agit comme point de concentration visuelle maximale.
L’œuf au plat : le quotidien transformé en peinture
Le motif choisi se révèle délibérément humble.
Un simple œuf au plat devient le centre d'une peinture de grand format, entouré par une construction complexe de collage, de pigment et de lignes gestuelles.
Pujol Baladas réduit l'aliment à quelques éléments essentiels : le blanc reste intégré aux tons clairs de l'assiette, tandis que le jaune du jaune d'œuf introduit un petit mais intense foyer chromatique.
La simplicité du motif contraste avec la complexité de son traitement.
Cette capacité à transformer des objets et des aliments quotidiens en structures picturales de grande présence constitue l'un des traits les plus reconnaissables de l'artiste durant cette période.
Une nature morte étendue
Bien que l’assiette domine immédiatement la scène, la composition intègre d'autres objets.
Dans la zone supérieure apparaît un fruit vert, qui introduit l'une des rares couleurs saturées de l'œuvre. À droite, une coupe ou un verre élevé équilibre verticalement l'ensemble, tandis que d'autres récipients et éléments de la nature morte apparaissent partiellement cachés parmi les couches de peinture.
Contrairement à la nature morte traditionnelle, les objets ne sont pas ordonnés sur une table selon une perspective cohérente.
Pujol Baladas les distribue librement sur toute la surface, en altérant les échelles et les points de vue.
De cette manière, la nature morte cesse de représenter un espace réel pour devenir une construction autonome.
Collage de presse et matière
Le collage occupe une part fondamentale de Huevo frito.
De nombreux fragments de presse et de papier imprimé apparaissent intégrés dans différentes zones de la composition, particulièrement autour de l'assiette et dans le secteur droit.
Les photographies de détail montrent des papiers pliés, superposés et partiellement couverts par du pigment. Certains mots restent visibles, tandis que d'autres ont complètement perdu leur fonction informative pour devenir texture.
Pujol Baladas peint directement sur ces découpages, les traverse par des lignes et prolonge les coups de pinceau au-delà de leurs limites.
Le collage n'est pas ajouté sur une peinture terminée : il fait partie de la construction même de l'image.
Une surface d'une grande richesse
L’œuvre révèle particulièrement bien sa complexité lorsqu’on l’observe de près.
D’épais coups de pinceau cohabitent avec des zones grattées, des transparences, des papiers pliés et des couches de pigment de densité variable.
Les blancs ne sont pas uniformes ; ils apparaissent mélangés à des gris, des ocres et des noirs. Les zones rougeâtres et violacées du fond apportent de la profondeur, tandis que de petits accents verts, jaunes et bleus rompent la dominante neutre.
Toute la toile conserve les traces du processus d'exécution.
Cette condition physique de la peinture est fondamentale : l'œuvre ne prétend pas cacher la manière dont elle a été construite, mais convertir précisément cette accumulation de gestes et de matériaux en une partie de son langage.
Entre représentation et abstraction
À une certaine distance, Huevo frito se lit clairement comme une nature morte.
Nous reconnaissons l'assiette, l'œuf, le verre, le fruit et d'autres objets.
Cependant, en nous rapprochant, ces formes commencent à se dissoudre en une surface de cercles, de diagonales, de fragments de journal, de taches et de coups de pinceau.
La grande assiette centrale est particulièrement significative car elle fonctionne simultanément comme objet et comme structure abstraite.
Cette double lecture — image reconnaissable de loin, matière et geste de près — est l'une des caractéristiques les plus intéressantes de la peinture de Pujol Baladas de ces années-là.
1990 : une étape de consolidation
La date de 1990 situe la pièce au début d'une décennie décisive pour la trajectoire de Manel Pujol Baladas.
Durant ces années, l'artiste approfondit un langage fondé sur la combinaison de figuration, collage, geste et informalisme matériel.
Les motifs quotidiens restent reconnaissables, mais cessent progressivement d'être l'objectif final de la représentation.
Natures mortes, fruits, poissons, livres ou récipients deviennent des structures à partir desquelles explorer la matérialité même de la peinture.
Huevo frito constitue un exemple particulièrement clair de ce processus.
Art Miami
L’œuvre appartient à l’ensemble de peintures de Manel Pujol Baladas lié à Art Miami, dans le cadre de son étape de projection internationale durant les années quatre-vingt-dix.
Cette provenance permet de situer la pièce dans un contexte d'exposition concret et ajoute un élément particulièrement pertinent à sa documentation.
Pour une œuvre de ces dimensions et caractéristiques, la combinaison de grand format, provenance d'exposition et certification directe de l'artiste permet de la contextualiser avec une précision particulière au sein de cette période.
Certificat et documentation
L’œuvre dispose d’un certificat original signé par Manel Pujol Baladas, identifié sous le numéro M.P.B. n° 0155.
Le document certifie expressément le titre Huevo frito, sa réalisation en 1990, la technique mixte et ses dimensions de 116 × 89 cm.
Il recueille également une valeur de référence de 740 000 pesos mexicains, avec mention au SAT —Service d’Administration Tributaire du Mexique—.
L'atelier de Pujol Baladas a confirmé directement que les montants inclus dans ces certificats correspondent aux prix en pesos mexicains établis pour les œuvres du maître, constituant une référence provenant directement de l'artiste et différenciée des cotisations ultérieures du marché secondaire.
Fiche technique
Auteur : Manel Pujol Baladas
Titre : Huevo frito
Année : 1990
Technique : Technique mixte et collage sur toile
Dimensions : 116 × 89 cm
Signature : Signée « M. Pujol Baladas » dans l'angle inférieur droit
Provenance d'exposition : Art Miami
Thème : Nature morte contemporaine
Style : Figuration expressive et informalisme matériel
Certification : Certificat original signé par Manel Pujol Baladas
N° de certificat : M.P.B. 0155
Valeur de référence documentée : 740 000 MXN
Provenance ultérieure : Collection particulière ; appartenant à l’ensemble d’œuvres certifiées directement par l’artiste
État de conservation : Bon état général, conservant les textures, plis et irrégularités propres à la technique mixte et au collage.
La note de l'atelier
L’une des œuvres les plus abouties sur le plan de la composition de l'ensemble.
Pujol Baladas transforme ici un motif aussi simple qu'un œuf au plat en centre d'une peinture de 116 × 89 cm. La grande assiette, construite au moyen de puissants cercles blancs et noirs, domine la composition et fonctionne presque comme une image abstraite avant même que nous reconnaissions les objets qu'elle contient.
Autour d'elle apparaissent des verres, des fruits et de nombreux fragments de presse, mais tous restent subordonnés à cette grande structure circulaire.
Il est particulièrement intéressant de la contempler de près : la nature morte apparente se transforme alors en une surface de papier déchiré, de lettres, d’empâtements, de coups de pinceau et de petites différences de relief.
Son grand format, la provenance d'Art Miami, la date de 1990 et le certificat individuel signé par Pujol Baladas lui-même font de Huevo frito une pièce particulièrement représentative de la transformation radicale de la nature morte effectuée par l'artiste au cours de ces années.
